Boussole politique
Q27 · Sécurité / justice

Q27 — Il vaut mieux investir dans la prévention et la réinsertion que dans l'augmentation des sanctions.

La question ne propose pas de supprimer les sanctions. Elle demande où il est le plus utile de dépenser un budget supplémentaire : avant l’infraction, pour éviter la récidive, ou pour renforcer les peines.

Ce que la question met en balance

La peur d’être puni dépend de la probabilité d’être arrêté, de la rapidité de la réponse et de la peine encourue. Les travaux résumés par le ministère américain de la Justice accordent généralement plus d’importance à une sanction probable qu’à une peine déjà très lourde.

Les programmes de prévention et de réinsertion n’ont pas tous les mêmes résultats. Il faut comparer des mesures précises et évaluées, pas supposer que toute prévention fonctionne ou que toute peine plus longue est efficace.

Arguments en faveur

  • Éviter qu’une victime subisse l’infraction. Un meilleur éclairage, un soutien précoce, le traitement des addictions ou une présence policière bien ciblée peuvent agir avant qu’un dommage ait lieu.[2]
  • L’exemple norvégien montre qu’une réinsertion bien organisée peut fonctionner. En Norvège, la prison comprend notamment des formations, des programmes d’emploi et un accompagnement au retour dans la société. Une étude estime que, dans ce système, l’incarcération a réduit de 29 points le risque de récidive dans les cinq ans. L’effet se concentre sur les personnes qui ne travaillaient pas avant leur peine : elles participent davantage aux programmes et retrouvent plus souvent un emploi. Ce résultat ne se transpose pas automatiquement à la France.[3]
  • Rendre la réponse plus certaine et plus rapide. Augmenter les chances qu’une infraction reçoive une réponse crédible peut décourager davantage que relever encore la peine maximale.[1]

Arguments défavorables ou réserves

  • Protéger immédiatement pendant la détention. Une personne incarcérée ne peut pas commettre certaines infractions à l’extérieur pendant cette période. Pour un auteur dangereux, cette protection à court terme peut rester nécessaire.[1]
  • Reconnaître la gravité de l’acte. Une peine marque une limite, reconnaît le tort subi par la victime et peut maintenir la confiance dans la justice. Une réponse jugée trop faible peut donner le sentiment que l’acte n’est pas pris au sérieux.
  • Des programmes parfois inefficaces ou trop lents. Une mesure mal choisie peut coûter cher sans réduire les infractions. Les effets de l’éducation ou du soutien précoce peuvent aussi demander des années, alors que certains dangers sont immédiats.[2]

Ce qui fait varier les effets

  • Type d’infractionUne violence grave, un vol occasionnel et une récidive liée à une addiction ne demandent pas la même réponse.
  • Probabilité et rapidité de la réponseUne peine lourde mais rarement appliquée n’a pas le même effet qu’une réponse certaine et proportionnée.
  • Qualité du programmeLe personnel, le suivi et l’adaptation aux besoins déterminent largement les résultats.
  • Délai recherchéProtéger aujourd’hui, éviter une récidive dans deux ans et prévenir sur une génération sont trois objectifs différents.
  • Comparaisons entre paysLes pays ne définissent et n’enregistrent pas tous les infractions ou la récidive de la même façon. Un classement brut ne permet donc pas d’affirmer que le faible niveau observé dans un pays vient uniquement de ses dépenses de prévention.[4]

Pour vous positionner

Votre réponse dépend de l’importance donnée à la protection immédiate, à la juste peine et à la baisse durable des infractions. On peut privilégier prévention et réinsertion tout en maintenant des sanctions certaines pour les actes graves.

Sources et lectures de référence

  1. Five Things About DeterrenceNational Institute of Justice — U.S. Department of Justice · 2016
  2. Preventing Crime: What Works, What Doesn't, What's PromisingU.S. Department of Justice · 1997
  3. Incarceration, Recidivism, and EmploymentJournal of Political Economy — Manudeep Bhuller, Gordon B. Dahl, Katrine V. Løken et Magne Mogstad · 2020 · étude causale menée dans le système pénitentiaire norvégien
  4. International Statistics on Crime and JusticeOffice des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) · 2010 · précautions pour comparer les statistiques entre pays